Née d’une guerre d’Algérie insoluble, la Ve République porte en elle l’exception de sa genèse. Chaque nouveau président se présente comme l’incarnation d’une rupture à venir, il est l’homme providentiel, la pierre angulaire du régime. À chaque élection présidentielle, le vice originel se révèle de plus en plus pernicieux pour les valeurs républicaines. Initialement parlementaire, notre République est devenue hyperprésidentialisme. La dernière élection présidentielle a, encore une fois, mis en lumière le piège bonapartiste qui fonctionne à merveille.
L’équation électorale se répète à l’infini. Le candidat de la droite a rassemblé les couches populaires oubliées et les classes moyennes précarisées dans l’unique but de satisfaire son propre électorat, la grande bourgeoisie mondialisée qui fit de lui le maire de Neuilly. À la différence de 1851, le coup - d’État n’est plus nécessaire car il est devenu « permanent » depuis 1958.
Nous avons face à nous un président de la République qui fait tout, laissant le reste au gouvernement ; ce dernier n’est qu’un simple cabinet présidentiel dont le moindre début d’initiative peut être contredit dans l’heure par le château élyséen. Tout le monde a d’ailleurs bien compris que ce fantomatique gouvernement n’avait pour seule mission que d’occuper les gazettes et les écrans avant le second tour des élections législatives. Les « débauchés de l’UMPS » jouent obligeamment les utilités sarkozyennes face à des médias toujours plus complaisants et dont la proximité personnelle et politique avec le nouveau chef d’État devrait nous questionner dans une démocratie prétendument mature.
La gauche doit impérativement réaliser que l’élection de Nicolas Sarkozy est inhérente à la dérive des institutions. Celle-ci n’a pourtant pas manqué d’éclaireur. À l’orée de la Ve République, Pierre Mendès France comparait déjà 1958 et 1851 : « Un régime né ainsi dans l’illégalité ne tombera que dans la rue. Ces gens-là ne remettront jamais légalement un pouvoir conquis par la fraude et la menace. » Malheureusement, les compromissions institutionnelles de la gauche au pouvoir ont été trop nombreuses. La faute majeure revient à François Mitterrand qui a exercé le pouvoir en se fondant dans le costume gaullien. De même, en inversant le calendrier électoral pour convenance personnelle, Lionel Jospin a, lui aussi, participé de cette dérive présidentialiste.
Aujourd’hui, la gauche française, et particulièrement son parti organique, le Parti socialiste, a une responsabilité historique. Elle doit, comme j’y invite mes camarades depuis 2002, se rénover de fond en comble en s’appuyant sur toutes ses valeurs pour retrouver la confiance de sa base sociologique naturelle que sont les couches populaires. La question sociale et la question institutionnelle sont intimement liées. Si elle veut revenir au pouvoir durablement pour lutter contre la mondialisation néolibérale, ce nouveau visage inquiétant du capitalisme dérégulé, la gauche doit construire, avec le peuple et pour le peuple, une VIe République. Retrouver la République contre le bonapartisme, réinventer le socialisme contre le néolibéralisme, telle doit être notre feuille de route.
Par Arnaud Montebourg, député PS, fondateur de la Convention pour la VIe République.
Tribune parue le 9 juin 2007 dans l’Humanité, rubrique "L’Humanité des débats"
L’équation électorale se répète à l’infini. Le candidat de la droite a rassemblé les couches populaires oubliées et les classes moyennes précarisées dans l’unique but de satisfaire son propre électorat, la grande bourgeoisie mondialisée qui fit de lui le maire de Neuilly. À la différence de 1851, le coup - d’État n’est plus nécessaire car il est devenu « permanent » depuis 1958.
Nous avons face à nous un président de la République qui fait tout, laissant le reste au gouvernement ; ce dernier n’est qu’un simple cabinet présidentiel dont le moindre début d’initiative peut être contredit dans l’heure par le château élyséen. Tout le monde a d’ailleurs bien compris que ce fantomatique gouvernement n’avait pour seule mission que d’occuper les gazettes et les écrans avant le second tour des élections législatives. Les « débauchés de l’UMPS » jouent obligeamment les utilités sarkozyennes face à des médias toujours plus complaisants et dont la proximité personnelle et politique avec le nouveau chef d’État devrait nous questionner dans une démocratie prétendument mature.
La gauche doit impérativement réaliser que l’élection de Nicolas Sarkozy est inhérente à la dérive des institutions. Celle-ci n’a pourtant pas manqué d’éclaireur. À l’orée de la Ve République, Pierre Mendès France comparait déjà 1958 et 1851 : « Un régime né ainsi dans l’illégalité ne tombera que dans la rue. Ces gens-là ne remettront jamais légalement un pouvoir conquis par la fraude et la menace. » Malheureusement, les compromissions institutionnelles de la gauche au pouvoir ont été trop nombreuses. La faute majeure revient à François Mitterrand qui a exercé le pouvoir en se fondant dans le costume gaullien. De même, en inversant le calendrier électoral pour convenance personnelle, Lionel Jospin a, lui aussi, participé de cette dérive présidentialiste.
Aujourd’hui, la gauche française, et particulièrement son parti organique, le Parti socialiste, a une responsabilité historique. Elle doit, comme j’y invite mes camarades depuis 2002, se rénover de fond en comble en s’appuyant sur toutes ses valeurs pour retrouver la confiance de sa base sociologique naturelle que sont les couches populaires. La question sociale et la question institutionnelle sont intimement liées. Si elle veut revenir au pouvoir durablement pour lutter contre la mondialisation néolibérale, ce nouveau visage inquiétant du capitalisme dérégulé, la gauche doit construire, avec le peuple et pour le peuple, une VIe République. Retrouver la République contre le bonapartisme, réinventer le socialisme contre le néolibéralisme, telle doit être notre feuille de route.
Par Arnaud Montebourg, député PS, fondateur de la Convention pour la VIe République.
Tribune parue le 9 juin 2007 dans l’Humanité, rubrique "L’Humanité des débats"