jeudi 28 juin 2007

Hyperprésidence? La continuité dans la rupture, par Arnaud MONTEBOURG

Née d’une guerre d’Algérie insoluble, la Ve République porte en elle l’exception de sa genèse. Chaque nouveau président se présente comme l’incarnation d’une rupture à venir, il est l’homme providentiel, la pierre angulaire du régime. À chaque élection présidentielle, le vice originel se révèle de plus en plus pernicieux pour les valeurs républicaines. Initialement parlementaire, notre République est devenue hyperprésidentialisme. La dernière élection présidentielle a, encore une fois, mis en lumière le piège bonapartiste qui fonctionne à merveille.

L’équation électorale se répète à l’infini. Le candidat de la droite a rassemblé les couches populaires oubliées et les classes moyennes précarisées dans l’unique but de satisfaire son propre électorat, la grande bourgeoisie mondialisée qui fit de lui le maire de Neuilly. À la différence de 1851, le coup - d’État n’est plus nécessaire car il est devenu « permanent » depuis 1958.

Nous avons face à nous un président de la République qui fait tout, laissant le reste au gouvernement ; ce dernier n’est qu’un simple cabinet présidentiel dont le moindre début d’initiative peut être contredit dans l’heure par le château élyséen. Tout le monde a d’ailleurs bien compris que ce fantomatique gouvernement n’avait pour seule mission que d’occuper les gazettes et les écrans avant le second tour des élections législatives. Les « débauchés de l’UMPS » jouent obligeamment les utilités sarkozyennes face à des médias toujours plus complaisants et dont la proximité personnelle et politique avec le nouveau chef d’État devrait nous questionner dans une démocratie prétendument mature.

La gauche doit impérativement réaliser que l’élection de Nicolas Sarkozy est inhérente à la dérive des institutions. Celle-ci n’a pourtant pas manqué d’éclaireur. À l’orée de la Ve République, Pierre Mendès France comparait déjà 1958 et 1851 : « Un régime né ainsi dans l’illégalité ne tombera que dans la rue. Ces gens-là ne remettront jamais légalement un pouvoir conquis par la fraude et la menace. » Malheureusement, les compromissions institutionnelles de la gauche au pouvoir ont été trop nombreuses. La faute majeure revient à François Mitterrand qui a exercé le pouvoir en se fondant dans le costume gaullien. De même, en inversant le calendrier électoral pour convenance personnelle, Lionel Jospin a, lui aussi, participé de cette dérive présidentialiste.

Aujourd’hui, la gauche française, et particulièrement son parti organique, le Parti socialiste, a une responsabilité historique. Elle doit, comme j’y invite mes camarades depuis 2002, se rénover de fond en comble en s’appuyant sur toutes ses valeurs pour retrouver la confiance de sa base sociologique naturelle que sont les couches populaires. La question sociale et la question institutionnelle sont intimement liées. Si elle veut revenir au pouvoir durablement pour lutter contre la mondialisation néolibérale, ce nouveau visage inquiétant du capitalisme dérégulé, la gauche doit construire, avec le peuple et pour le peuple, une VIe République. Retrouver la République contre le bonapartisme, réinventer le socialisme contre le néolibéralisme, telle doit être notre feuille de route.

Par Arnaud Montebourg, député PS, fondateur de la Convention pour la VIe République.

Tribune parue le 9 juin 2007 dans l’Humanité, rubrique "L’Humanité des débats"

"Conseil national des blâmes" par Thierry MANDON

Thierry MANDON, Maire de Ris-Orangis et Premier Vice-Président du Conseil général de l’Essonne, est porte-parole de Rénover Maintenant

Dans une province reculée de l’Ancien Empire Chinois, la tradition voulait qu’un chef de guerre rentrant chez lui victorieux soit soumis à la « nuit des blâmes ». Au cours de cette cérémonie méticuleusement organisée, les sujets pouvaient librement adresser au suzerain tous les reproches possibles, des plus fondés, comme la mort au combat d’un membre de la famille, aux plus variés. Il arriva ainsi qu’on reprocha au vainqueur l’affadissement des couleurs des drapeaux sous l’effet de la poussière ou le temps trop long passé à rentrer chez lui après la bataille.

Samedi matin dernier, lors du « Conseil National des blâmes », tous ces reproches et bien d’autres furent adressés à Ségolène Royal : drapeau de nos valeurs bradées aux sirènes centristes, absence ce jour-là qui traduisait le peu d’empressement à rejoindre les siens... Rien ne lui aura été épargné. Mais de la Chine du Moyen-Âge, le Parti Socialiste n’aura finalement retenu que la complexité et l’immuabilité de l’ordre intérieur. Car, pour le reste, le « conseil national des blâmes » n’aura pas eu pour objet de renouer, à travers la libre critique, la relation d’amitié et de confiance entre le valeureux combattant et son peuple, pas plus que de l’inviter à retrouver ainsi sa place parmi les siens. Le flot libéré des critiques n’avait pour seul objet que de fermer la porte à celle qui avait porté nos couleurs et de refermer la trop longue et douloureuse parenthèse qu’avait été, pour bon nombre de nos dirigeants, la campagne présidentielle. Que les sifflets contre les adhérents à 20 €, pourtant votés à l’unanimité des mêmes il y a quelques mois, aient donné la nausée, soit : nous sommes malheureusement convaincus depuis trop longtemps que l’intégration que nous professons pour la société a encore du chemin à faire dans nos rangs ! Mais les vociférations et mâles protestations contre la candidate, sa campagne et ses déclarations avaient pour objectif inavoué de masquer l’indicible : surtout ne rien changer. Au Parti Socialiste, depuis 10 ans, on ne change jamais une équipe qui perd : le Parti du mouvement est devenu le chantre de l’immobilisme.

Nous voici donc repartis avec les mêmes : François Hollande, soutenu par Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius au Parti, une pseudo refondation organisée à la va vite en 3 forums thématiques, des assises qui viendront après, quand on aura définitivement écoeuré tout postulant de venir travailler avec nous, quelques jeunes alibis pour éviter de toucher aux fondamentaux : c’est le scénario 2002.

On parle de refondation. Mais on commence à fermer, verrouiller et exclure, sous le regard distrait et souriant d’un 1er secrétaire qui depuis 10 ans n’aura jamais été là quand il le fallait pour défendre notre intérêt collectif.

Car l’intérêt collectif exigeait l’exact contraire des mortifères décisions de samedi : d’abord ouvrir, consulter, écouter, prendre le pouls d’une société dont notre appareil asséché n’entend plus que le lointain écho le soir des désillusions électorales successives. Ensuite, rendre à notre candidate le bénéfice de l’élan qu’elle a su créer, comprendre combien a du être difficile la campagne présidentielle où les bâtons dans les roues n’ont pas manqué. L’inviter ainsi à participer pleinement au travail de rénovation qui sera nécessairement collectif et ne peut se construire contre le Parti sauf à tirer un trait sur ce qu’il est. En appeler enfin aux militants pour qu’ils participent largement à nos Etats Généraux de la refondation plutôt que de faire siffler les plus nouveaux des socialistes.

Nous voici donc une nouvelle fois mal barrés ! Que faire ? Adhérez ! au risque du paradoxe, il faut dès à présent expliquer à ceux qui aiment le PS et veulent sa rénovation véritable, qu’ils doivent venir l’imposer à quelques dirigeants qui feront tout pour l’interdire. S’organiser ! Car il existe dans le Parti des rénovateurs dans toutes les anciennes sensibilités qui n’en peuvent plus de ces éventuelles luttes sclérosantes et n’acceptent pas les échecs programmés. Penser ! Car il est d’ores et déjà certain qu’à peine ripolinés, nos dogmes étoufferont toute pensée critique. Imagine-t-on nos éléphants dire autre chose que ce qu’ils expriment depuis 25 ans ? Pourtant, c’est en nous attachant à un authentique travail de réflexion et d’imagination que nous donnerons corps à la rénovation.

Je forme le vœu qu’en août prochain, à Fouras, nous ouvrions très largement ce processus d’impertinence collective, proposions d’y associer très largement et librement dans le Parti et hors le Parti ceux qui croient à la rénovation par les idées et réfléchissions dès à présent à l’organisation appropriée de cet « atelier rénovateur » sans lequel, je le crains, militer à gauche n’aurait plu guère de sens. Viendra, plus tard, la question de savoir qui il doit - ou pas - servir. Pour l’instant, il faut qu’il existe, au-delà des uns, des unes et des autres.

Avec une méthode tirée de notre conte chinois : là-bas « la nuit des blâmes » n’était finalement rien d’autre qu’un rappel aux combattants vainqueurs et glorieux de leur devoir d’humilité. La tradition chinoise ne dit pas que ce rappel ait été utile les soirs de défaite. Mais, habitués que nous sommes depuis 3 présidentielles, à la gestion des lendemains de batailles perdues, nous pourrions commencer par cela : l’humilité. Puis tracer le chemin : l’exigence. Le reste viendra alors, en son temps.

Thierry MANDON

dimanche 10 juin 2007

Trou de la Sécurité sociale : réaction de Thierry MANDON

Remboursement des emprunts : réaction de Thierry MANDON

Contrat de travail unique : réaction de Thierry MANDON

Bouclier fiscal - réaction de Thierry MANDON

Suppression des droits de succession - réaction de Thierry MANDON

Suppression de la carte scolaire - réaction de Thierry MANDON

Franchises médicales - réaction de Thierry MANDON



Thierry MANDON est porte-parole de Rénover Maintenant

Les premières mesures du gouvernement - entretien avec Thierry MANDON



Thierry MANDON est porte-parole de Rénover Maintenant

vendredi 1 juin 2007

Ce que SARKOZY ne nous dit pas !

Alors qu’il n’a de cesse de nous répéter pour mieux nous convaincre qu’il est le Président de tous les français, les 1ères mesures de Nicolas SARKOZY sont destinés à une minorité, la plus favorisée.

- Ainsi, la mise en place du « bouclier fiscal », garantissant aux contribuables de ne pas payer plus de 50% de leurs revenus en impôts ne s’adresse qu’à…3% des Français, évidemment les plus fortunés.

- De la même manière, la suppression des droits de succession promise par le candidat SARKOZY ne concerne que 10% des Français, les plus aisés. Les déductions concernant la grande majorité des français ont déjà été appliquées par les gouvernements de droite, depuis 5 ans.

- SARKOZY promet « le contrat de travail unique » en oubliant de préciser qu’aujourd’hui, 75% des salariés sont en CDI. Si le futur contrat unique est le CDI, pour tous, qu’il le dise ! Ce n’est évidemment pas ce qui est prévu. En réalité, 75% des Français qui travaillent verront les conditions de leur embauche revues à la baisse, c’est ça la réalité du contrat unique.

- De la même manière, le Président a promis de libérer les heures supplémentaires payées 25% de plus qu’actuellement et non imposables. C’est le fameux « travailler plus pour gagner plus ». Mais qui peut croire que le salarié décidera lui-même de faire des heures supplémentaires ? Ce sont évidemment les patrons qui en décideront, avec même un risque pour les salariés qui refuseraient de réaliser des heures en plus : il s’agit en effet, en France, d’un motif valable de licenciement ! Ce que le gouvernement oublie opportunément de nous dire, c’est que ces heures n’ouvriront aucun droit aux salariés, en matière de retraite et de protection sociale. C’est donc travailler plus pour…rien.

- En revanche, les quatre franchises médicales qui seront instaurées sur les consultations, sur les médicaments, sur les frais d’hospitalisation et sur les analyses médicales frapperont de plein fouet tous les Français, de manière égale. Ainsi seront en priorité durement prélevés les revenus modestes. C’est l’installation d’une médecine à deux vitesses : celle de ceux qui peuvent s’offrir le paiement de ces franchises, et celle de ceux qui devront renoncer à se soigner !

- Les sondages l’indiquent, près de 60% des Français sont opposés à la suppression de la carte scolaire. C’est pourtant la volonté du gouvernement de supprimer en trois ans cet outil qui, s’il doit être profondément rénové et adapté aux réalités d’aujourd’hui, garantit la mixité sociale. Que se passera-t-il en effet quand les parents pourront choisir librement l’école de leur enfant, sans rattachement de quartier ? Les écoles à grande renommée seront privilégiées, mais ne pourront évidemment pas accueillir tout le monde, alors que les écoles défavorisées seront abandonnées ! C’est la création de véritables ghettos qui s’annonce ! Et c’est déjà parti, le Ministre annonçant le « doublement des dérogations » dès la rentrée de septembre 2007 : pour qui ? Pour quelles écoles ? Sur quels critères ?

- Enfin, et c’est plus grave, aucune mesure n’est annoncée avant les élections législatives pour le comblement du gigantesque trou de la Sécurité sociale laissé par les gouvernements RAFFARIN et VILLEPIN. Le financement de notre protection sociale doit pourtant être assuré. Ce que SARKOZY et FILLON ne nous disent pas, c’est que se prépare un grand plan de restriction : en plus de l’instauration des franchises médicales, le gouvernement prévoit la mise en place d’un nouvel impôt : la « TVA sociale » qui n’aura de social que le nom ! Aucune précision n’est apporté aux électeurs sur ce nouvel impôt, payé par tous quelles que soient les différences de revenu.