dimanche 11 mars 2007

Le traitement ultime des déchets nucléaires, par Thierry LASSABATÈRE


Les déchets de haute activité et à vie longue (HAVL) sont des produits directement issus du combustible nucléaire, sous forme vitrifiée (après retraitement à l’usine de La Hague) ou bien, si cette solution est un jour adoptée, sous forme solide sortie de réacteur (combustible usé non retraité). La loi du député PS Bataille (1991-2006) fixait trois voies de recherche pour le traitement ultime des déchets nucléaire.

La transmutation (axe 1) a pour objectif de transformer les éléments fortement radioactifs en éléments beaucoup moins nocifs. Les études montrent que seule pourrait être pratiquée efficacement, dans des réacteurs à neutrons rapides (p.ex. type SUPERPHENIX amélioré), la transmutation des dérivés de l’uranium, très toxiques mais aisément confinables dans un stockage. Cette transmutation d’intérêt contestable se traduirait par un inventaire radioactif très important dans le cycle de production (réacteur, usines de fabrication ou de retraitement du combustible), posant un problème de sûreté et limitant l’efficacité globale de la transmutation à une réduction de moitié, seulement, de l’inventaire final de déchets à stocker.

L’entreposage (axe 3) des déchets n’est qu’une solution provisoire (jusqu’à 100 ans environ), sous surveillance et avec possibilité de reprise des colis pour leur traitement en cas de problème. Cette solution, qui ne pose guère de problème scientifique, a les faveurs du public. Pour des raisons compréhensibles (liées à la garantie de surveillance et de maintenance de l’installation), mais au prix d’un mensonge consistant à faire passer l’entreposage pour une alternative au stockage, qu’il ne fait en réalité que retarder.

Le stockage (axe 2) apparaît ainsi comme un passage obligé, et la seule solution ultime. Le Parlement a récemment prononcé sa faisabilité scientifique, moyennant quelques problèmes à vérifier:
- le scénario d’évolution normale repose sur l’intégrité et la qualité de la roche hôte, qui reste à vérifier;
- les scénarios accidentels, les plus pénalisants, reposent sur le rôle des scellements manufacturés en argile gonflante, qui fractionnent l’inventaire et constituent les points faibles du stockage;
- pour eux notamment, les questions scientifiques épineuses — évolution dans le temps, température élevée (vers 100°C), génération de gaz par corrosion — restent mal résolues.

Le stockage géologique est à ce jour la seule solution définitive pour l'élimination des déchets nucléaires. Sa faisabilité, bien que possible, n'est pas totalement démontrée. Son coût, surtout ajouté à si on lui ajoute celui du démantèlement de certaines anciennes centrales, pose problème. Mais ce qui justifie la défiance du public, c'est le défi inédit —peut-être inaccessible à la science — du long terme et de l'absence de retour d'expérience. Ce serait bien la seule fois qu'une société industrielle adopterait une solution technique axée uniquement sur la science et aucunement sur les principes de surveillance et d'intervention. La seule solution mature est donc bien d'oeuvrer, comme le fait notre candidate, pour un mix énergétique plus équilibré, plus écologique et plus responsable, rompant avec le tout nucléaire et son fardeau le plus lourd, la gestion des déchets.

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